{"id":250,"date":"2019-09-26T19:31:28","date_gmt":"2019-09-26T17:31:28","guid":{"rendered":"http:\/\/emmanuel-gharbi.fr\/?p=250"},"modified":"2019-09-26T19:51:19","modified_gmt":"2019-09-26T17:51:19","slug":"lecture-premier-sang-de-david-morell","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/emmanuel-gharbi.fr\/index.php\/2019\/09\/26\/lecture-premier-sang-de-david-morell\/","title":{"rendered":"Lecture : &#8220;Premier sang&#8221; de David Morell"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>En fran\u00e7ais chez Gallmeister<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1972. Le roman &#8220;<strong>Premier sang<\/strong>&#8221; de David Morrell est un succ\u00e8s, imm\u00e9diatement pr\u00e9empt\u00e9 par Hollywood. Il faudra dix ans pour que le film <strong>First Blood <\/strong>(en France : Rambo) soit une r\u00e9alit\u00e9, concr\u00e9tis\u00e9e par l&#8217;implication de sa star, Sylvester Stallone.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec John Rambo, Stallone va installer dans l\u2019imaginaire populaire un second personnage iconique, quasi universellement connu et imm\u00e9diatement reconnaissable, apr\u00e8s Rocky Balboa. Quel acteur peut en dire autant ? Harrison Ford, peut-\u00eatre, avec Han Solo et Indiana Jones, au b\u00e9mol que l&#8217;acteur n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 aussi impliqu\u00e9 dans l&#8217;\u00e9criture et la r\u00e9alisation que le sera Stallone tout au long des d\u00e9cennies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On ne dira jamais assez combien First Blood est un grand film, \u00e0 la photo min\u00e9rale magnifique, servi par deux superbes acteurs (Brian Dennehy, massif et intense et Stallone, donc, habit\u00e9 de bout en bout). <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Attention, des spoilers sur le d\u00e9roulement du livre. <\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"334\" height=\"499\" src=\"http:\/\/emmanuel-gharbi.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/premiersang.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-252\" srcset=\"https:\/\/emmanuel-gharbi.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/premiersang.jpg 334w, https:\/\/emmanuel-gharbi.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/premiersang-201x300.jpg 201w\" sizes=\"auto, (max-width: 334px) 100vw, 334px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La comparaison entre le livre et le film est passionnante.  La majorit\u00e9 des sc\u00e8nes sont l\u00e0 : l&#8217;arrestation de Rambo par le sheriff, sa fuite en moto (m\u00eame s&#8217;il est, dans le bouquin, compl\u00e8tement \u00e0 poil apr\u00e8s sa douche forc\u00e9e), la traque dans la for\u00eat, l&#8217;h\u00e9licopt\u00e8re, l&#8217;exploration de la mine d\u00e9saffect\u00e9e et l&#8217;attaque en r\u00e8gle de la ville. Mais les diff\u00e9rences sont fortes et pleines d&#8217;enseignement.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"666\" height=\"1000\" src=\"http:\/\/emmanuel-gharbi.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/rambo-affiche-1012217.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-253\" srcset=\"https:\/\/emmanuel-gharbi.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/rambo-affiche-1012217.jpg 666w, https:\/\/emmanuel-gharbi.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/rambo-affiche-1012217-200x300.jpg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 666px) 100vw, 666px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsqu&#8217;il \u00e9crit First Blood, David Morell, canadien, enseigne aux USA. Impossible pour lui de d\u00e9noncer frontalement la Guerre du Vietnam qui fait encore rage, sous peine de se voir remercier. Alors, il met le v\u00e9t\u00e9ran rejet\u00e9, Rambo, et le sheriff local, Teasle, sur un pied d&#8217;\u00e9galit\u00e9 : on suit tour \u00e0 tour les deux points de vue. De fait, le Teasle vindicatif du film est ici bien plus nuanc\u00e9. Lui-m\u00eame h\u00e9ros de la Guerre de Cor\u00e9e, c&#8217;est un homme qui s&#8217;est peu \u00e0 peu encro\u00fbt\u00e9 et qui souffre du d\u00e9part de sa femme, qui vient de le quitter. Un personnage complexe, orphelin \u00e9lev\u00e9 par un homme dur avec qui il entretient des rapports complexes, qui l&#8217;accompagnera avec ses chiens dans sa traque de Rambo  et y laissera la vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aucunement un salopard donc. D&#8217;ailleurs, pas ici de flic sadique, personne ne passe Rambo au jet d&#8217;eau glac\u00e9, on lui offre une douche chaude. Le seul acte de violence \u00e0 son encontre, ce qui le pousse \u00e0 l&#8217;action, c&#8217;est lorsqu&#8217;on essaie de lui couper les cheveux de force. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas de m\u00e9chant : l\u00e0 o\u00f9 le film prend parti sans aucune ambigu\u00eft\u00e9 pour le v\u00e9t\u00e9ran, le livre est bien plus nuanc\u00e9. Victime, Rambo ? Oui, sans aucun doute. Il a \u00e9t\u00e9 broy\u00e9 par une machine militaire, qui a fait lui un tueur, il a \u00e9t\u00e9 jet\u00e9 dans une guerre injuste, il a vu ses amis mourir, il a \u00e9t\u00e9 captur\u00e9, tortur\u00e9, il a fui dans le jungle o\u00f9 il march\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9puisement, jusqu&#8217;au d\u00e9lire (on apprend le d\u00e9tail de cette fuite dans le bouquin l\u00e0 ou le film choisit quelques flashbacks). Mais tueur il est rest\u00e9, sans l&#8217;ombre d&#8217;un doute. Avant m\u00eame de d\u00e9barquer dans la petite ville o\u00f9 se d\u00e9roule l&#8217;action, on apprend qu&#8217;il a \u00e9gorg\u00e9 un jeune gars qui voulait lui voler ses affaires alors qu&#8217;il dormait dans un parc. Dans le film, Rambo fait tout pour \u00e9viter l\u2019irr\u00e9parable, le seul mort l&#8217;\u00e9tant par accident. Dans le livre, Rambo tue, sans \u00e9tat d&#8217;\u00e2me. Il fera plus d&#8217;une quinzaine de victimes, flingue les flics locaux en mode sniper, tire sur des civils. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus il tue, plus il se rend compte \u00e0 quoi point, c&#8217;est facile. A quel point, m\u00eame, \u00e7a lui plait. \u00c9tonnant de voir que c&#8217;est l&#8217;angle retenu par Stallone dans son t\u00e9tanisant <strong>John Rambo<\/strong>, sorti en 2008, 26 ans apr\u00e8s l&#8217;original. Il y fait dire \u00e0 son personnage que <em>&#8220;Tuer est aussi facile que de respirer<\/em>&#8220;, une directe allusion au bouquin : <em>&#8220;Maintenant qu&#8217;il y r\u00e9fl\u00e9chissait, il se rendait compte que la mort des deux hommes qu&#8217;il venait de tuer le touchait beaucoup moins que celle de Galt. L&#8217;habitude la mort revenait&#8221;<\/em>. A ce moment l\u00e0, Stallone a d\u00e9j\u00e0 revisit\u00e9 son autre personnage s\u00e9minal, Rocky, et on a presque l&#8217;impression de voir l\u00e0 un testament, une envie d&#8217;effacer sans les renier les errements de la d\u00e9cennie 80 qui ont transform\u00e9 les deux franchises en shows \u00e9gotiques. Morell dira du film qu&#8217;il est bien plus proche de son roman qu&#8217;aucun des autres opus. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"778\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/emmanuel-gharbi.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/John_Rambo-778x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-254\" srcset=\"https:\/\/emmanuel-gharbi.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/John_Rambo-778x1024.jpg 778w, https:\/\/emmanuel-gharbi.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/John_Rambo-228x300.jpg 228w, https:\/\/emmanuel-gharbi.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/John_Rambo-768x1011.jpg 768w, https:\/\/emmanuel-gharbi.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/John_Rambo.jpg 1063w\" sizes=\"auto, (max-width: 767px) 89vw, (max-width: 1000px) 54vw, (max-width: 1071px) 543px, 580px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au mutique Rambo de cin\u00e9ma, le Rambo litt\u00e9raire s&#8217;oppose aussi par sa volubilit\u00e9. Il cause, c&#8217;est m\u00eame une grande gueule. Il se paie la poire de Teasle, se fout du juge, r\u00e9pond du tac au tac. Mais une fois lanc\u00e9 dans sa fuite meurtri\u00e8re, il ne parlera plus une fois, si ce n&#8217;est \u00e0 lui-m\u00eame. Le miroir invers\u00e9 parfait du film o\u00f9 Rambo, enfin, r\u00e9ussit face \u00e0 Trautman \u00e0 ext\u00e9rioriser, \u00e0 verbaliser sa d\u00e9tresse dans un monologue d\u00e9chirant. L&#8217;une des plus belles sc\u00e8nes du film, o\u00f9 le talent de Stallone brille \u00e0 l&#8217;\u00e9tat brut, pourtant incompr\u00e9hensiblement moqu\u00e9e alors que l&#8217;acteur y est d&#8217;une justesse folle. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un flic pas si con, un Rambo meurtrier\u2026 Morrell, sciemment, ne choisit pas, ne juge pas. Comme il le le dit, n&#8217;importe qui peut lire le livre et choisir son camp. La guerre a transform\u00e9 ces deux hommes en pr\u00e9dateurs et, \u00e0 la fin, ils ne seront plus si diff\u00e9rents. Teasle, bless\u00e9 \u00e0 mort, dira \u00e0 la toute fin qu&#8217;il comprend et m\u00eame qu&#8217;il aime, comme un fr\u00e8re d &#8216;armes, Rambo. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&#8217;est Trautman qui met un terme \u00e0 la traque en faisant sauter le cr\u00e2ne du v\u00e9t\u00e9ran traumatis\u00e9. Une fin envisag\u00e9e pour le film (une autre montrait Rambo se suicidant) et visible furtivement dans le montage du cauchemar de Rambo, toujours dans le film de 2008. Le drame de Rambo &#8211; et de tous ceux qui y ont crois\u00e9 son parcours meurtrier &#8211; c&#8217;est d&#8217;avoir \u00e9t\u00e9 un objet utilitaire d\u00e9traqu\u00e9. Rien n&#8217;a chang\u00e9, personne n&#8217;a gagn\u00e9, ni m\u00eame \u00e9volu\u00e9. L&#8217;arm\u00e9e continuera \u00e0 cr\u00e9er des machines, tout simplement parce qu&#8217;elle en a besoin. Trautman a corrig\u00e9 une aberration, pas cherch\u00e9 \u00e0 changer le syst\u00e8me\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le film restera comme l&#8217;un des plus beaux t\u00e9moignages sur les v\u00e9t\u00e9rans d\u00e9phas\u00e9s d&#8217;une guerre inutile. Le livre, lui, n&#8217;apporte aucun espoir, aucune volont\u00e9 ou possibilit\u00e9 de changer. Il est infiniment plus noir. Sec, rapide, c&#8217;est aussi une magnifique roman d&#8217;aventure, au sens noble du terme, o\u00f9 la nature est un th\u00e9\u00e2tre grandiose, et qui cache une noirceur insondable. On pense \u00e0 Joseph Conrad. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Morrell dit que son livre \u00e9tait \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 pendant les ann\u00e9es 70, pour \u00e9voquer la mauvaise conscience am\u00e9ricaine, avant d&#8217;en dispara\u00eetre peu \u00e0 peu, assimil\u00e9 \u00e0 sa contrepartie hollywoodienne qui, d\u00e8s Rambo 2, se verra taxer d&#8217;\u00eatre revancharde, un br\u00fblot r\u00e9publicain cit\u00e9 en exemple par Reagan (au grand dam de Stallone lui-m\u00eame d&#8217;ailleurs, et un avis \u00e0 relativiser).  S&#8217;il a \u00e9t\u00e9 phagocyt\u00e9, il n&#8217;en reste pas moins qu&#8217;un grand livre a donn\u00e9 un grand film, fort diff\u00e9rent. Une de ces &#8220;trahisons&#8221; qui font les grandes adaptations. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En fran\u00e7ais chez Gallmeister 1972. 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